Jean-Pierre Elkabbach, journaliste, présentateur et homme de médias français né le 29 septembre 1937 à Oran (Algérie française) et mort le 3 octobre 2023 à Paris, a marqué six décennies de vie audiovisuelle française, des interviews politiques de l'ORTF à la présidence de France Télévisions et d'Europe 1.
Né Haïm Jean-Pierre El Kabbach, il effectue ses études secondaires au lycée Lamoricière d'Oran, où il obtient une bourse Zellidja, puis monte à Paris pour suivre des cours à l'Institut français de presse, à la faculté des lettres de l'université de Paris et valide une première année à l'Institut d'études politiques de Paris en 1959. Parallèlement, il suit des cours de théâtre. En 1960, il entre en stage à Radio Alger durant ses vacances estivales et y débute comme correspondant en Algérie. Arrêté brièvement lors du putsch des généraux de 1961, il est ensuite nommé à Paris et intègre l'ORTF. Pour avoir participé aux grèves de mai 1968, il est muté à Toulouse, puis envoyé comme correspondant à Bonn. En 1970, il devient présentateur du journal télévisé de la première chaîne, puis de la deuxième chaîne à partir de 1972. Il anime ensuite le magazine Actuel 2 et devient rédacteur en chef de France Inter en 1975, puis directeur de l'information d'Antenne 2 en 1977. De 1977 à 1981, il coanime l'émission politique Cartes sur table avec Alain Duhamel, qui lui vaut une notoriété nationale par ses confrontations avec Georges Marchais, secrétaire général du Parti communiste.
Le 10 mai 1981, aux côtés d'Étienne Mougeotte sur Antenne 2, il annonce la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle. Considéré proche de la majorité sortante, il est écarté de l'antenne et rejoint Europe 1, où il anime le magazine Découvertes jusqu'en 1987 avant d'en devenir directeur général adjoint. En novembre 1990, il devient conseiller auprès de La Cinq, chaîne qu'il quitte à sa disparition en 1991. Le 13 décembre 1993, il est élu président de France Télévision (France 2 et France 3), succédant à Hervé Bourges. Sous sa présidence, il recrute Michel Drucker, Jean-Luc Delarue et lance les débuts télévisés de Laurence Ferrari et Benjamin Castaldi. Il conduit également en septembre 1994 le dernier grand entretien de François Mitterrand diffusé en direct sur France 2. Après sa démission de France Télévisions en mai 1996, il retourne à Europe 1 puis préside Public Sénat de 2000 à 2009, y animant l'émission littéraire Bibliothèque Médicis durant dix-huit ans. En 2005, Arnaud Lagardère le nomme président d'Europe 1, poste qu'il occupe jusqu'en 2008. Il mène ensuite les entretiens matinaux d'Europe 1 avant de rejoindre CNews en janvier 2017 comme conseiller de Vincent Bolloré, puis de retrouver l'antenne d'Europe 1 à partir d'août 2021 jusqu'à sa mort. Il a joué son propre rôle dans la série Baron noir (2016) aux côtés de Niels Arestrup.
En 1996, la démission de Jean-Pierre Elkabbach de la présidence de France Télévisions intervient dans le contexte du scandale des contrats conclus avec des animateurs-producteurs, notamment Jean-Luc Delarue, Nagui et Arthur. Un rapport révèle des écarts significatifs entre les coûts affichés des émissions et leur coût réel, particulièrement pour les productions de la société Réservoir Prod. Elkabbach doit s'expliquer devant les personnels de France Télévision, l'Assemblée nationale et le Sénat ; le personnel de la chaîne vote pour la première fois une motion de défiance contre son président. Par ailleurs, en avril 1996, il est condamné à une amende pour des propos jugés non conformes aux exigences de mesure et d'objectivité, à la suite d'une plainte de Martine Aubry. Sa proximité avec les sphères politiques est régulièrement mise en cause : d'après des confidences de Nicolas Sarkozy rapportées par le journaliste Paul Amar, il aurait sollicité un appui de Sarkozy pour sa nomination à France Télévisions en 1993 en échange d'un soutien à Édouard Balladur. En 2020, Mediapart publie la retranscription d'écoutes judiciaires de 2013 révélant qu'Elkabbach soufflait à l'ex-ministre de l'Intérieur Brice Hortefeux ses questions, les réponses attendues et des éléments de langage à utiliser lors d'une interview sur Europe 1. Elkabbach a reconnu ces échanges tout en les justifiant par la difficulté de Hortefeux à improviser en public. Ségolène Royal a refusé à plusieurs reprises, durant la campagne présidentielle de 2007, d'être interviewée par le journaliste, dénonçant ses méthodes. Sa prétendue partialité est documentée par Le Monde diplomatique, Le Canard enchaîné et le site Acrimed, ainsi que dans l'essai Profession : Elkabbach de Vincent Quivy paru en 2009.
1937 : naissance le 29 septembre à Oran (Algérie française), dans une famille juive séfarade
1949 : mort du père, Charles Elkabbach, le 3 octobre lors du Yom Kippour à la grande synagogue d'Oran
1959 : validation d'une première année à l'Institut d'études politiques de Paris
1960 : stage à Radio Alger, début de la carrière journalistique
1970 : présentateur du journal télévisé sur la première chaîne de l'ORTF
1977 : animation de Cartes sur table avec Alain Duhamel sur Antenne 2 ; directeur de l'information d'Antenne 2
1981 : annonce de la victoire de François Mitterrand le 10 mai ; rejoint Europe 1
1982 : publication de Taisez-vous Elkabbach !, coécrit avec Nicole Avril (Flammarion)
1987 : directeur général de France Inter
1993 : élu président de France Télévision (France 2 et France 3) le 13 décembre
1996 : démission de la présidence de France Télévisions le 31 mai ; condamnation à une amende suite à la plainte de Martine Aubry
2000 : président de Public Sénat (jusqu'en 2009) ; animation de Bibliothèque Médicis
2005 : nommé président d'Europe 1 par Arnaud Lagardère (jusqu'en 2008)
2009 : publication de Profession : Elkabbach de Vincent Quivy, essai critique sur sa carrière
2011 : fait citoyen d'honneur de sa ville natale d'Oran
2014 : promu commandeur de la Légion d'honneur sur le contingent du Premier ministre Manuel Valls
2017 : rejoint CNews comme conseiller de Vincent Bolloré ; quitte la matinale d'Europe 1
2019 : opération pour ablation d'un sarcome de grande taille
2021 : retour à l'antenne d'Europe 1 après la reprise de la radio par Vincent Bolloré
2022 : publication de ses mémoires Les rives de la mémoire (Bouquins, 27 octobre 2022)
2023 : décès le 3 octobre à Paris, à 86 ans, deux jours après une chute accidentelle survenue le 1er octobre
Jean-Pierre Elkabbach est le fils de Charles Elkabbach, négociant en import-export et vice-président de l'Olympique de Marseille, et d'Anne Sadok (1910-2000), femme au foyer. Il a un frère et une soeur cadets. La mort de son père le 3 octobre 1949 lors du Yom Kippour à la grande synagogue d'Oran, alors qu'il avait 12 ans, constitue une rupture fondatrice : il fait alors la promesse de rendre le nom Elkabbach célèbre. Après des études menées entre Oran et Paris, il épouse la romancière Nicole Avril, avec qui il coécrit Taisez-vous Elkabbach ! en 1982. Il est également le père de l'actrice Emmanuelle Bach, née Elkabbach en 1968, issue d'une relation avec Holda Trenkle, dite Holda Fonteyn.
Depuis son appartement d'Oran, Jean-Pierre Elkabbach pouvait entendre, depuis son balcon, les répétitions du théâtre d'Oran, ce qui lui a transmis une passion durable pour les arts de la scène et l'a conduit à suivre des cours de théâtre durant ses études à Paris. Sa résidence principale était Paris. Proche de plusieurs figures politiques et intellectuelles sur l'ensemble du spectre, il a entretenu des liens professionnels durables avec Alain Duhamel, mais aussi avec des personnalités comme Pierre Mendès France, qu'il a cité parmi ceux qui l'avaient le plus marqué. En 2019, après l'ablation chirurgicale d'un sarcome, Nicole Avril lui a apporté un soutien déterminant lors de sa convalescence, qu'il a évoqué publiquement. Il est fait officier de la Légion d'honneur par Jacques Chirac en 2009 et commandeur sur le contingent de Manuel Valls en juillet 2014.
En été 2023, Jean-Pierre Elkabbach subit une nouvelle intervention chirurgicale lourde dont il récupère difficilement. Le 1er octobre 2023, il fait une chute accidentelle à son domicile, dans le 15e arrondissement de Paris, qui aggrave son état de santé déjà précaire. Il décède le 3 octobre 2023, à 86 ans, deux jours après cette chute, soit le même jour de l'année que son père en 1949. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille, qui a confirmé à BFMTV que la chute avait aggravé un état fragilisé par les suites opératoires. Les obsèques ont lieu le 6 octobre 2023 au cimetière du Montparnasse, présidées par le grand rabbin de France Haïm Korsia. Parmi les personnalités présentes figuraient sa fille Emmanuelle Bach, Michel Drucker, Pascal Praud, François Hollande et Arnaud Montebourg. Emmanuel Macron a salué la mémoire d'un « monstre sacré du journalisme français ».
Jean-Pierre Elkabbach est inhumé au cimetière du Montparnasse (14e arrondissement de Paris), division 18. Oran, sa ville natale, l'avait fait citoyen d'honneur en avril 2011. Un documentaire de France Télévisions, Jean-Pierre Elkabbach, autoportrait de mon père, réalisé avec sa fille Emmanuelle Bach à partir d'entretiens privés inédits, a été diffusé après sa mort dans le cadre de la collection La case du siècle.
1 - Jean-Pierre Elkabbach a été arrêté brièvement en 1961 par les militaires putschistes en Algérie, qui lui reprochaient d'être un pied-noir traître à l'Algérie française, alors qu'il effectuait un reportage lors du putsch des généraux.
2 - La phrase « Taisez-vous, Elkabbach ! » prêtée à Georges Marchais est en réalité une invention de l'humoriste Thierry Le Luron, comme l'a confirmé l'INA ; Marchais avait pour habitude de demander qu'on ne lui coupe pas la parole, sans jamais prononcer cette formule exacte.
3 - Jean-Pierre Elkabbach est décédé le 3 octobre 2023, soit exactement le même jour de l'année que son père Charles, mort le 3 octobre 1949 à Oran lors du Yom Kippour.
4 - Lauréat de la bourse Zellidja au lycée Lamoricière d'Oran, il a suivi parallèlement à ses études à Paris des cours de théâtre, passion née des répétitions qu'il entendait depuis le balcon de son appartement donnant sur le théâtre d'Oran.
5 - Dans la série politique Baron noir (2016), Jean-Pierre Elkabbach a joué son propre rôle d'intervieweur, interrogeant aux côtés d'Arnaud Leparmentier et de Michaël Darmon un président de la République fictif incarné par Niels Arestrup.
6 - Nicolas Sarkozy a déclaré à l'occasion de son décès avoir longtemps espéré, « alors jeune élu », être invité au micro d'Europe 1 par Elkabbach avant que celui-ci ne lui donne sa chance, ce qui souligne l'ascendant symbolique du journaliste sur plusieurs générations d'acteurs politiques.
- Métier(s) : journaliste, présentateur de radio et de télévision, éditorialiste, directeur de médias
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Holda Trenkle (dite Holda Fonteyn, relation en 1968) ; Nicole Avril (épouse)
- Enfants : Emmanuelle Bach (née en 1968)
- Distinctions : officier de la Légion d'honneur (insignes remis par Jacques Chirac en 2009) ; commandeur de la Légion d'honneur (juillet 2014, contingent Premier ministre Manuel Valls) ; officier de l'ordre national du Mérite tunisien (avril 2016) ; citoyen d'honneur d'Oran (avril 2011)
Quand je m'enfermais pour téléphoner à ma femme, on croyait que j'appelais Giscard.
— Citation rapportée sur Dicocitations.com, sans date précisée (attestée par une seule source secondaire)
Je suis facilement ému quand je parle de ma mère. Elle a travaillé pour nous sortir de la pauvreté.
— Déclaration rapportée par le Times of Israel, octobre 2023
J'allais tous les jours au cimetière d'Oran, sauf le samedi, avec ma mère. J'ai trouvé toute l'énergie et la volonté de ma vie dans le cimetière d'Oran, auprès des morts.
— Déclaration rapportée par le Times of Israel, octobre 2023
J'ai grandi à Oran, une ville inondée de soleil, que j'ai plus tard appris à aimer. Adolescent, je ne rêvais que d'en partir. Le journalisme, où je m'engageai par hasard, fut un moyen inespéré d'assouvir ma curiosité.
— Les rives de la mémoire, Bouquins, octobre 2022
Je n'ai jamais apprécié la dénomination de pied-noir. Je la trouve péjorative même si j'ai toujours l'Algérie dans la peau. Les pieds-noirs n'étaient pas de riches colons. La majorité des pieds-noirs avait un niveau de vie inférieur de 20 % à ceux de la métropole.
— Entretien avec Le Figaro, cité dans IsraelValley, octobre 2023