Cette année marque le 5ᵉ anniversaire de sa disparition.
Romain Bouteille, né le 24 mars 1937 à Paris et mort le 31 mai 2021 à Corbeil-Essonnes, est un auteur de théâtre, acteur, humoriste et chanteur français, cofondateur en 1969 du Café de la Gare à Paris avec Coluche, lieu qui a révélé une génération entière de la comédie française.
Romain Étienne Bouteille grandit dans une famille marquée par l'engagement social et la communication auprès de la jeunesse : son père Fernand Bouteille, ouvrier devenu journaliste spécialisé dans les questions de jeunesse, fut l'un des fondateurs du mouvement des Francs et Franches camarades. Romain pratique le scoutisme comme éclaireur de France dans son enfance. Sa scolarité est chaotique, il est orienté dans un établissement médico-pédagogique et n'obtient aucun diplôme. Il choisit vers 1955 de devenir comédien, une vocation qu'il décrira plus tard comme un "job qui permette de se lever à n'importe quelle heure et ne suppose ni diplôme, ni réel travail, ni obéissance". Il débute dans les cabarets de la Rive gauche parisienne, puis monte en 1964 L'Échappée belle au théâtre La Bruyère, sa première pièce, encensée par le critique Jean-Jacques Gautier du Figaro. En 1966, il donne son premier one-man-show au Théâtre de la Vieille-Grille, après avoir fréquenté une scène commune avec Jacques Higelin, Brigitte Fontaine, Rufus et Bernard Haller.
En 1968, Romain Bouteille rencontre Coluche, qui travaille alors comme barman dans un cabaret fréquenté par l'auteur. Ensemble, ils investissent une ancienne fabrique à Montparnasse, rénovée de leurs mains avec Henri Guybet, Patrick Dewaere, Sotha et Miou-Miou, pour y ouvrir le Café de la Gare le 12 juin 1969. Le principe du lieu repose sur l'absence de hiérarchie : tous les membres de la troupe sont copatrons, le prix des places est tiré au sort et les recettes réparties de façon aléatoire. Les textes sont signés Bouteille, Sotha et Dewaere, écrits pour coller aux possibilités propres de chaque interprète. En 1971, des tensions avec Coluche, perçu comme directif, conduisent la troupe à lui céder le local initial pour en construire un second dans le Marais, rue du Temple. Le Café de la Gare devient un tremplin pour Josiane Balasko, Michel Blanc, Gérard Lanvin, Martin Lamotte et Anémone. Bouteille tourne parallèlement pour des réalisateurs comme Louis Malle (Le Feu follet, 1963), Jacques Demy (Peau d'âne, 1970), Roman Polanski (Le Locataire, 1976) et Costa-Gavras (Section spéciale, 1975), mais refuse de faire du cinéma sa carrière principale, refusant les contraintes de la notoriété. Il quitte le Café de la Gare au début des années 1990 et continue à écrire des pièces et à donner des one-man-shows en tournée dans de petites salles partout en France jusqu'à la fin de sa vie.
1937 : naissance le 24 mars à Paris
1955 : décision de se consacrer à la scène, débuts dans les cabarets de la Rive gauche
1962 : apparition dans La Belle Équipe, série télévisée d'Ange Casta
1963 : rôle dans Le Feu follet de Louis Malle
1964 : création de L'Échappée belle au théâtre La Bruyère, avec Henri Garcin
1966 : premier one-man-show au Théâtre de la Vieille-Grille
1968 : rencontre avec Coluche ; sa compagne Sotha quitte la troupe pour épouser Patrick Dewaere
1969 : ouverture du Café de la Gare le 12 juin à Montparnasse
1970 : tournage de Peau d'âne de Jacques Demy et de Le Distrait de Pierre Richard
1973 : L'An 01 de Jacques Doillon et Alain Resnais
1975 : Section spéciale de Costa-Gavras
1976 : Le Locataire de Roman Polanski
1988 : mariage avec la comédienne Saïda Churchill
1990 : départ du Café de la Gare
1994 : naissance de son fils Shams à Marseille
1997 : installation à Étampes (Essonne)
2014 : création du théâtre Les Grands Solistes à Étampes, salle de cinquante places
2021 : décès le 31 mai à l'hôpital de Corbeil-Essonnes, à 84 ans
Romain Bouteille est le deuxième de cinq enfants de Fernand Bouteille, journaliste engagé dans le scoutisme et cofondateur des Francs et Franches camarades, et d'une mère dont le prénom et la profession ne sont pas documentés dans les sources disponibles. Influencé par son père, Romain pratique le scoutisme comme éclaireur de France dans sa jeunesse. Sa première relation durable est avec la comédienne et réalisatrice Sotha, compagne des premières années du Café de la Gare. Celle-ci le quitte lors des événements de mai 1968 pour Patrick Dewaere, qu'elle épouse le 26 juillet 1968. En 1988, Romain Bouteille épouse la comédienne Saïda Churchill, avec laquelle il vit jusqu'à sa mort. Le couple a un fils, Shams Bouteille, né à Marseille, qui a lui aussi choisi une carrière artistique.
Profondément attaché à une philosophie libertaire et à l'indépendance vis-à-vis du star-system, Romain Bouteille refuse toute logique de célébrité et de hiérarchie. À Étampes, Saïda Churchill exerce les fonctions de programmatrice culturelle de la ville. En décembre 2014, le couple crée Les Grands Solistes, un théâtre de cinquante places inspiré des cabarets de la Rive gauche, où se produisent François Rollin, Didier Porte, Albert Meslay, Clair Jaz, Marc Gélas, Christophe Guybet et une cinquantaine d'artistes. Sur sa philosophie artistique, Bouteille distingue humour et comique, affirmant que l'humour doit "dépayser, utiliser des armes inattendues" et ne peut pas être "ironique, moqueur ou parodique".
Romain Bouteille meurt le 31 mai 2021 à l'hôpital de Corbeil-Essonnes, à 84 ans. Selon son épouse Saïda Churchill, qui l'annonce à l'Agence France-Presse, il souffrait depuis quelque temps d'une insuffisance rénale et c'est une insuffisance respiratoire qui l'emporte. Ses obsèques sont célébrées le 8 juin 2021 à la collégiale de Notre-Dame-du-Fort d'Étampes, suivies de l'inhumation au cimetière Saint-Pierre de la même ville. La cérémonie, de caractère sobre, réunit sa famille ainsi que des proches et anciens compagnons de scène : Henri Guybet, Luis Rego, François Rollin, Christophe Guybet et Anastasia Joux. Des hommages publics sont rendus par Pierre Richard, qui dit être "très triste", Gérard Lanvin sur Instagram, et Pierre Lescure, qui le qualifie de "créatif révolutionnaire" et d'"être humain impeccable". Le Café de la Gare exprime également sa peine sur les réseaux sociaux.
Romain Bouteille est inhumé au cimetière Saint-Pierre d'Étampes (Essonne), ville où il a vécu les dernières décennies de sa vie avec son épouse Saïda Churchill. Le théâtre Les Grands Solistes, qu'il fonde avec elle à Étampes en décembre 2014, constitue l'un des lieux associés à sa mémoire artistique.
1 - Romain Bouteille est passé par un établissement médico-pédagogique pour enfants considérés comme attardés, où les pensionnaires s'organisaient pour manipuler les psychiatres en simulant des crises de nerfs au réfectoire, tout en s'adressant en secret des clins d'oeil discrets aux autres enfants.
2 - Au Café de la Gare, les billets de recettes étaient répartis comme un jeu de cartes, par terre, par un tiré au sort : n'importe quel copatron pouvait réclamer une somme avant le partage, et les spectateurs pouvaient parfois recevoir de l'argent si leur place tirait un prix négatif.
3 - Pour mettre fin à la présence encombrante de Coluche, jugé trop directif, la troupe entière refuse de remonter sur scène à l'entracte et lui abandonne le théâtre de Montparnasse sur-le-champ, lui cédant ensuite formellement le local par remords.
4 - Paul Lederman découvre Coluche au Café de la Gare lors d'une représentation de Robin des quoi ?, une pièce dans laquelle les autres comédiens avaient organisé, en guise de sketch collectif, de lui souffler ostensiblement ses répliques oubliées. Lederman devient son agent et, selon Bouteille, "nous en a débarrassés".
5 - Gérard Depardieu, Patrick Dewaere et Miou-Miou revenaient jouer au Café de la Gare tous les soirs pendant le tournage des Valseuses, convaincus que le film serait un échec et ne ferait pas leur renommée.
6 - Les comptes du Café de la Gare, structurés en société en participation pour rendre tout contrôle fiscal impossible, étaient "forgés de toutes pièces la veille" de chaque rencontre avec le percepteur, sans que l'administration n'ait jamais réussi à percevoir les charges sociales rétroactives dues.
- Métier(s) : auteur de théâtre, acteur, humoriste, chanteur
- Résidence principale : Étampes (Essonne)
- Relations de couple : Sotha (compagne, années 1960), Saïda Churchill (épouse, mariage 1988)
- Enfants : Shams Bouteille (né à Marseille, années 1990)
- Distinctions : aucune distinction officielle documentée dans les sources consultées
« Ma vocation artistique s'est dessinée vers 1955 sous l'angle : trouver un job qui permette de se lever à n'importe quelle heure et ne suppose ni diplôme, ni réel travail, ni obéissance. »
— Le Monde, 2005 (repris dans l'article nécrologique du 2 juin 2021)
« Le seul levier sur lequel j'avais vraiment prise pour changer la donne était notre organisation et notre statut. Ce qui faisait notre grande différence, c'était que nos acteurs n'avaient obéi à personne. »
— Conférence à l'École de Paris du management, compte rendu publié (séance 982)
« Nous faisions de l'humour, pas du comique. L'humour, selon moi, doit dépayser, utiliser des armes inattendues. C'est pourquoi il ne peut pas être ironique, moqueur ou parodique, armes faciles dont abuse le théâtre de boulevard. »
— Conférence à l'École de Paris du management, compte rendu publié (séance 982)
« C'est une façon de parler : l'intérêt et la force du Café de la Gare, c'est l'absence de fondateur. Un fondateur choisit ceux qui vont travailler avec lui ; il apporte une discipline précise. Coluche et moi, on n'a pas choisi. Je préfère penser que le Café de la Gare est une sorte d'accident. »
— Le Monde, 18 juin 1999
Faire un truc que les autres ne font pas, c'est déjà passer pour un original. Aumoins, on n'encourt pas la comparaison.
« Ma vocation artistique s'est dessinée vers 1955 sous l'angle : trouver un job qui permette de se lever à n'importe quelle heure et ne suppose ni diplôme, ni réel travail, ni obéissance. »
— Le Monde, 2005 (repris dans l'article nécrologique du 2 juin 2021)
« Le seul levier sur lequel j'avais vraiment prise pour changer la donne était notre organisation et notre statut. Ce qui faisait notre grande différence, c'était que nos acteurs n'avaient obéi à personne. »
— Conférence à l'École de Paris du management, compte rendu publié (séance 982)
« Nous faisions de l'humour, pas du comique. L'humour, selon moi, doit dépayser, utiliser des armes inattendues. C'est pourquoi il ne peut pas être ironique, moqueur ou parodique, armes faciles dont abuse le théâtre de boulevard. »
— Conférence à l'École de Paris du management, compte rendu publié (séance 982)
« C'est une façon de parler : l'intérêt et la force du Café de la Gare, c'est l'absence de fondateur. Un fondateur choisit ceux qui vont travailler avec lui ; il apporte une discipline précise. Coluche et moi, on n'a pas choisi. Je préfère penser que le Café de la Gare est une sorte d'accident. »
— Le Monde, 18 juin 1999
Faire un truc que les autres ne font pas, c'est déjà passer pour un original. Aumoins, on n'encourt pas la comparaison.