Marcel Mouloudji, dit "Moulou", est un chanteur, auteur-compositeur-interprète, acteur, peintre et romancier français né le 16 septembre 1922 à Paris et mort le 14 juin 1994 à Neuilly-sur-Seine, connu pour avoir été le premier interprète du Déserteur de Boris Vian, chanson censurée à la radio jusqu'en 1962.
Issu d'une enfance parisienne marquée par la précarité, Marcel Mouloudji grandit entre Belleville, Ménilmontant et Montmartre. Son père Saïd Mouloudji, maçon kabyle originaire du village de Leflaye en Algérie, et sa mère Eugénie Roux, bretonne, ne parviennent pas à maintenir le foyer : la mère est hospitalisée pour trouble psychique alors que Marcel n'a que dix ans. C'est Marcel Maillot, directeur d'une colonie de vacances du Syndicat du livre, qui pousse les deux frères à chanter. Repéré par Jean-Louis Barrault, Marcel est hébergé par le metteur en scène et introduit dans les cercles artistiques liés au Front populaire dès 1936. Il débute au cinéma à quatorze ans dans La Guerre des gosses de Jacques Daroy, puis enchaîne les rôles juvéniles sous la direction de Christian-Jaque dans Les Disparus de Saint-Agil (1938) et L'Enfer des anges (1939). Pendant l'Occupation, il fréquente Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, qui l'encouragent à écrire, et publie en 1944 son premier roman autobiographique, Enrico, qui reçoit le prix de la Pléiade.
Après la guerre, Mouloudji s'installe dans la vie artistique de Saint-Germain-des-Prés et oriente progressivement sa carrière vers la chanson. C'est Jacques Canetti, agent artistique et directeur du cabaret Les Trois Baudets, qui lui fait enregistrer Comme un p'tit coquelicot en 1952, titre couronné du Grand Prix du disque 1953 et du prix Charles-Cros. L'année suivante, Un jour tu verras confirme son succès. Le 7 mai 1954, jour de la chute de Diên Biên Phu, il est le seul artiste à accepter de créer Le Déserteur de Boris Vian, en infléchissant le texte original dans un sens non violent ; la chanson est aussitôt censurée et interdite d'antenne jusqu'en 1962. En 1964, il fonde ses propres structures de production, les Productions Mouloudji et les Éditions Musicales Mouloudji, à travers lesquelles il produit notamment Graeme Allwright, Hélène Martin et Jean-Claude Drouot. Peintre autodidacte, il publie ses mémoires en deux volumes : Le Petit Invité (1989, Balland) et La Fleur de l'âge (1991, Grasset). Un troisième volume, Le Coquelicot, paraît à titre posthume en 1997 aux éditions de l'Archipel.
1922 : naissance le 16 septembre dans le 4e arrondissement de Paris
1935 : rencontre avec Sylvain Itkine du Groupe Octobre et avec Jean-Louis Barrault
1936 : premiers rôles au cinéma dans La Guerre des gosses de Jacques Daroy et Jenny de Marcel Carné
1938 : rôle dans Les Disparus de Saint-Agil de Christian-Jaque
1943 : rencontre Louise Fouquet, qui devient son épouse et son agent artistique
1944 : prix de la Pléiade pour le roman Enrico
1951 : premiers enregistrements discographiques ; montée en scène à Bobino
1952 : enregistrement de Comme un p'tit coquelicot ; prix Charles-Cros
1953 : Grand Prix du disque pour Comme un p'tit coquelicot
1954 : création et enregistrement du Déserteur de Boris Vian ; censure radio immédiate
1955 : en tête d'affiche à l'Alhambra de Paris
1960 : naissance de son fils Grégory, avec Lilia Lejpuner
1964 : création des Productions Mouloudji et des Éditions Musicales Mouloudji
1970 : rôle dans la comédie musicale La Neige en été au Théâtre de la Porte-Saint-Martin, aux côtés de Nicole Croisille et Régine
1989 : publication de Le Petit Invité (éditions Balland)
1992 : pleurésie entraînant une perte partielle de la voix
1994 : décès le 14 juin à Neuilly-sur-Seine ; inhumation au cimetière du Père-Lachaise (division 42)
Marcel Mouloudji est le fils de Saïd Mouloudji, maçon kabyle originaire de Leflaye (Algérie), et d'Eugénie Roux, bretonne. Son frère André partage son enfance difficile dans les rues du nord de Paris. Marcel rencontre Louise Fouquet, dite Lola, en 1943 ; elle devient sa femme et son agent artistique jusqu'en 1969. Il a deux enfants : Grégory, né en 1960 avec Lilia Lejpuner, et Annabelle, née le 26 juillet 1967 avec Nicolle Tessier -- Annabelle Mouloudji mènera elle-même une carrière de chanteuse et d'actrice dans les années 1980 et 1990. Inscrit enfant aux Faucons rouges, mouvement de jeunesse de gauche proche de la SFIO, Mouloudji conserve tout au long de sa vie des convictions pacifistes et une sensibilité sociale héritée de ses origines ouvrières.
Mouloudji soutient François Mitterrand lors de l'élection présidentielle de 1974 et participe aux premières réunions de sensibilisation de la jeunesse à la cause vietnamienne. Ses engagements artistiques et politiques s'inscrivent dans la continuité de sa fréquentation, pendant la guerre, de figures comme Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, qui l'encouragent à écrire. La peinture, pratiquée en parallèle de la chanson depuis l'adolescence, constitue une activité constante que Mouloudji privilégie dans les dernières années de sa vie, après avoir réduit ses engagements scéniques. Il chante en novembre 1993 dans la carrière de la Sablière à Châteaubriant, lieu d'exécution de 27 otages communistes en 1941, dont Guy Môquet.
En 1992, Marcel Mouloudji est atteint d'une pleurésie qui lui retire en grande partie ses capacités vocales. Malgré cette atteinte, il remonte sur scène en 1994, donnant un récital à proximité de Nancy en avril de cette année. Il décède le 14 juin 1994 au Centre Chirurgical Henri-Hartmann de Neuilly-sur-Seine, alors qu'il préparait la suite de ses mémoires et un nouvel album. La cause précise du décès n'a pas été rendue publique par la famille au-delà de la mention de la maladie. RFI Musique a rendu hommage à l'artiste à l'occasion du vingtième anniversaire de sa mort en juin 2014. Le volume posthume de ses mémoires, Le Coquelicot, est publié en 1997 aux éditions de l'Archipel par les soins de ses proches.
Marcel Mouloudji est inhumé au cimetière du Père-Lachaise à Paris, division 42. Aucun mémorial public permanent dédié à sa seule personne n'est documenté à ce jour ; sa sépulture constitue le principal lieu de recueillement pour les admirateurs de son oeuvre.
1 - Le surnom "Mouloudji" lui est attribué lors du tournage de Claudine à l'école en 1937, quand le scénariste Jacques Constant crée pour lui le personnage du "petit Moulou" ; le diminutif populaire du patronyme devient définitivement son nom de scène.
2 - Seul artiste à accepter d'enregistrer Le Déserteur de Boris Vian en 1954, Mouloudji est le premier à demander à l'auteur d'en modifier le dernier couplet, remplaçant le déserteur armé par un personnage non violent, prêt à mourir s'il est poursuivi -- une modification que Boris Vian adoptera lui-même dans ses propres interprétations ultérieures.
3 - Pendant l'Occupation, Mouloudji travaille comme machiniste pour la télévision allemande de Paris, la Fernsehsender Paris, rue Cognacq-Jay, un emploi qu'il doit à Léon Smet, père du futur Johnny Hallyday. Il y côtoie Serge Reggiani et Jacques Dufilho.
4 - En 1951, lors d'une audition au cabaret La Fontaine des Quatre-Saisons où Mouloudji figure déjà à la programmation, une jeune chanteuse inconnue, Barbara, ne se voit proposer qu'un poste de plongeuse, la saison étant déjà complète.
5 - Mouloudji crée en 1964 sa propre maison de disques et sa société d'éditions musicales, devenant ainsi producteur d'une vingtaine d'artistes, parmi lesquels Graeme Allwright et Hélène Martin -- une activité de producteur largement méconnue du grand public.
6 - Atteint d'une pleurésie en 1992 qui compromet ses cordes vocales, Mouloudji enregistre néanmoins un dernier album qui ne sera jamais diffusé de son vivant.
- Métier(s) : chanteur, auteur-compositeur-interprète, acteur, peintre, romancier
- Résidence principale : Paris
- Relations de couple : Louise Fouquet (épouse, 1943-1969) ; Lilia Lejpuner ; Nicolle Tessier
- Enfants : Grégory Mouloudji (1960) ; Annabelle Mouloudji (1967)
- Distinctions : prix de la Pléiade 1944 (roman Enrico) ; prix Charles-Cros 1952 et 1953 ; Grand Prix du disque 1953
« Catholique par ma mère, musulman par mon père, un peu juif par mon fils... et athée grâce à Dieu. »
— Citation attribuée à Marcel Mouloudji, reprise dans plusieurs recueils de citations (source primaire d'origine non identifiée avec précision)
« En 1954, beaucoup de journalistes m'ont reproché d'avoir édulcoré Le déserteur. Mais ils n'avaient qu'à venir au moment où je l'ai créée : ils auraient vu que je m'appelais Mouloudji, que j'avais un nom arabe et que j'ai créé cette chanson le jour de la prise de Diên Biên Phu ! »
— Déclaration de Marcel Mouloudji rapportée dans plusieurs sources documentaires (source primaire d'origine non identifiée avec précision)